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      Suite aux évènements du mois de Janvier 2015, l'imam Aly de la mosquée Al-Rahma de Vichy s'exprime à travers un entretien accordé au journal local La Montagne.

Quel est le ressenti de la communauté musulmane à Vichy ? Rencontre avec Ibra Ali Sy, imam de la mosquée Al-Rahma aux Ailes.

Ibra Ali Sy, ancien professeur à l'Université Blaise-Pascal est l'imam de la mosquée Al-Rahma, quartier des Ailes à Vichy. Suite aux attentats et aux dernières semaines très agitées pour la communauté musulmane, il a accepté de répondre à nos questions.

Il y a plusieurs lieux de cultes à Vichy, comment cela fonctionne ? C'est quoi l'islam à Vichy ? « L'islam à Vichy, c'est une seule communauté, unie. Qu'il y ait plusieurs lieux de cultes ne veut absolument pas dire que nous sommes de courants différents. Simplement, pour des raisons de proximité, on ne va pas dire à nos fidèles d'un certain âge d'aller à l'autre bout de la ville pour prier. Il y a des imams dans chaque lieu de culte et nous travaillons ensemble dans la même harmonie et dans ce cas précis, nous condamnons tous ces violences !

Quels ont été les effets sur la communauté musulmane à Vichy ? Naturellement, le ressenti premier, c'est que l'islam est contre toute forme de violence. C'est sans négociation. Nul n'a le droit de prendre la vie d'autrui, elle est sacrée. Le ressenti c'est que les musulmans se sentent pointés du doigt, puisque l'on explique que c'est à cause de leur religion qu'il y a toutes ces formes de barbarie. L'islam c'est la paix, la sagesse, c'est prendre du recul, voir les choses autrement qu'avec la violence. Le message que je véhicule, c'est l'apaisement face à la provocation, nous ne rentrons pas dans le discours de haine.

Comment la communauté vit-elle le fait de devoir sans cesse se justifier ? Quand un forcené sort de nulle part, prend son arme et tue des personnes, que ce soit en France ou dans d'autres pays, est-ce qu'on demande au peuple de descendre dans la rue pour se justifier ? Prenons l'exemple de Boko Haram, on va expliquer au monde que ces barbares sont musulmans et on va demander de nous justifier ? On n'a rien à voir avec ces gens-là ! Les mots racisme, antisémitisme, islamophobie, xénophobie sont des termes forts et il faut tout faire pour les bannir et éviter la haine de l'autre. On respecte la laïcité, l'autre, les valeurs républicaines comme n'importe quel citoyen. On le véhicule dans nos familles et moi-même je l'explique à la mosquée.

Comment ressentez-vous les caricatures ? Il y a deux discours : celui où nous condamnons les attentats et celui du respect de notre foi, de notre religion, de ce que nous vivons. Il faut respecter celui qui est athée comme celui qui croit. Nul ne mérite l'insulte, la raillerie, la moquerie. Je renvoie les musulmans, les non-musulmans à revoir la vie du prophète Mahomet, le principal concerné, en l'occurrence. Lui-même, dans son histoire, quand il a déclaré qu'il était prophète, il s'est heurté à de la caricature, à des railleries, à des moqueries, à de la violence, mais comme ses prédécesseurs Jésus ou Moïse il a demandé : « Dieu, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font, parce qu'ils ne me connaissent pas. » Alors, comment nous, quatorze siècles plus tard, pouvons-nous nous mettre à la place du prophète, alors que lui-même n'a jamais dit tuez-les. Tout comme on a le droit de dessiner, de faire des caricatures, on a aussi le droit à la dignité dans notre foi.

Y a-t-il différents courants dans l'Islam ? Comme dans chaque religion, il y a toujours des illuminés qui pensent qu'ils ont le droit de tout faire, qu'ils sont détenteurs de vérité et qui pensent avoir le monopole du savoir. Dans le christianisme, prenons l'exemple du Ku Klux Klan et de ses adeptes qui déclaraient au nez et à la barbe de tout le monde que la race aryenne blanche était au-dessus de tout et commettaient des crimes la bible à la main. Les intégristes prennent un message originel qu'ils travestissent en essayant d'expliquer aux gens qu'ils ont tous les droits et notamment celui de la violence.

Comment expliquez-vous le phénomène de radicalisation chez les jeunes ? Par l'ignorance, par la « faiblesse de l'âme » ! Quand vous regardez le parcours de ces jeunes qui se sont radicalisés, le point commun, c'est la case prison. Quelque part, ils ont eu des faiblesses dont certains ont profité. Si on n'est pas armé intellectuellement, on cède. Mais la radicalisation concerne aussi l'islamophobie où on entend : « Regardez ils ont tué au nom de l'Islam donc nous, on va aller incendier des mosquées, dire que tous les musulmans sont des terroristes ! » C'est une autre forme de radicalisation aussi. C'est pour çà que je dis que tout le monde doit prendre ses responsabilités. Tout le monde doit faire un état des lieux dans sa famille, dans son entourage et expliquer que la haine ne mène à rien.

Aujourd'hui les jeunes découvrent beaucoup de versions erronées de l'islam sur Internet. Comment abordez-vous la question avec eux ? Le message que je donne c'est que l'Islam ce n'est pas d'aller sur Youtube ni d'aller sur Internet pour prendre un verset et écouter un soi-disant prédicateur. L'islam est un processus avec un début et une fin. C'est comme à l'école, on ne prend pas un enfant de sept ans pour le mettre directement en classe de terminale ! On prend le temps d'expliquer ce qu'est le civisme, le respect. Internet a autant de points positifs que négatifs mais en ce qui concerne la foi. Je dis aux jeunes d'aujourd'hui, d'où qu'ils viennent : faites attention à Internet ! Il y a des dérives. Est-ce qu'une vidéo postée depuis l'autre bout de la terre respecte les principes républicains du pays dans lequel je vis, respecte le savoir-vivre ou le vivre ensemble ?

Quels sont vos contacts avec les autres communautés ? À Vichy, les autres communautés savent faire la différence entre les crimes, les abominations, les aberrations et le message que nous véhiculons. J'ai beaucoup d'amis dans la communauté chrétienne et j'ai pu échanger avec eux à ce titre. En revanche, j'aimerais être en contact avec la communauté juive pour en parler, pour discuter. Nous sommes là pour l'harmonie, tout ce qui peut être fait pour qu'elle soit préservée, je le ferai, c'est ma responsabilité.

Quelle serait votre solution pour lutter contre la radicalisation ? L'éducation ! Peu importe d'où l'on vient, c'est la base de tout ! Quand on éduque son enfant, quand il va à l'école, il apprend le respect. Il faut revenir à l'éducation. Dès le bas âge, il faut expliquer que le discours de haine est irresponsable. Cela est valable pour toutes les familles, au-delà de la communauté musulmane. Pour l'harmonie, tout le monde doit apporter sa pierre à l'édifice. L'éducation est primordiale dans notre société, c'est une obligation, une nécessité. Éduquons nos enfants ! Chacun doit prendre ses responsabilités. Dans les familles, expliquer que la xénophobie, le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie doivent être proscrits, c'est une nécessité. »

Amélie Millet, La Montagne (20/01/2015).